Matin
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09.05.18 16:29


Ça y est.

Jour levé, les rideaux aussi.

En fait hier soir il est allé se coucher tout habillé, donc en se levant il était déjà prêt. Et ça fait toujours si bizarre de pas voir Papa lire le journal à table dès l'aurore, de pas le voir préparer des œufs au plat avec du bacon qu'il servira rien qu'en inclinant un peu la poêle au-dessus de l'assiette.

Sam est mauvais pour cuisiner. Prendre des aliments entre ses pinces c'est toujours un moment de suspens, il suffit qu'il appuie un peu trop fort pour que ça éclate à ses pieds.

CRAC !

Comme maintenant.

- Raaah plat d'merde. L'en a plus maintenant !

Sa cage thoracique se soulève en un soupir. Et dans le frigo ? Plus d'oeufs ? Plus de bacon ? Pas de lait non plus ? Des tranches de pain dans le tiroir. Mais c'est pas assez ça ! Comment il va se nourrir Sam.

Les courses c'était avec Papa qu'il les faisait.

... Faut sortir.

Il lasse ses baskets en serrant très fort, il fait triple noeuds parce qu'il a toujours la petite crainte de s'emmêler les pattes en courant. Et hop il enfile son sweat à poche kangourou bleu canard (sans lui on va nulle part t'as compris). Beaucoup d'expressions traversent la fenêtre ouverte qu'est la figure de Sam. Du mécontentement, la difficulté, la curiosité, la pensée qui s'envole, les affaires qui se dérobent sous lui. Parfois de la joie, ou de la peur. Il est très bariolé d'émotions, Samuel.

Mais il parle pas beaucoup. Et s'il parle, c'est à la ferraille, à lui-même. Parce qu'on se comprend.

La porte s'ouvre, la lumière aveugle comme quand on sort d'un tunnel en voiture longtemps plus tard.

***

C'est si calme. Il n'y a pas de vent, il fait chaud.

Son ventre appel à l'aide,
J'ai très faim Samuel s'il te plait nourris-moi
Ça fait onze ans que toi et moi on vit ensemble
Tu peux pas me faire ça

Samuel décide de répondre.

Ses pas, qui balancent dans les cailloux, progressent solo à travers les artères-métropole comme si c'était dans Je suis une légende.

C'est si calme. Il n'y a pas de vent, il fait chaud.

Beaucoup plus tard, on ne saurait dire, il faut bien qu'il s'arrête. Ce sont les quartiers des gens très pleins de fric ici. Samuel sait. Il le sent dès qu'il foule le pied quelque part, ça respire la matière riche et précieuse. Même quand il lève les yeux c'est beau, ça brille, c'est pas abimé.

Samuel dans le quartier résidentiel d'Ys ressemble à un rat qui vient de déboucher dans un évier doré.

Très vite (trop vite), son regard s'installe sur une maison très grande. Pas d'instinct particulier, c'est la première qu'il surprend à travers la forêt de béton. Sam il s'avance, il serre ses poings gantés comme un homme décidé. La fenêtre va lui servir d'ouverture, y a sûrement plus personne à l'intérieur.

Sa poche kangourou vomit une clé de douze. C'est exactement ce qu'il me fallait, il tape à plusieurs reprises contre la vitre. Normalement si y a quelqu'un ça répond. Mais là non, ça vit pas. Non, y a sûrement plus personne à l'intérieur.

CRAC !

Comme les œufs ce matin.

Les débris de verre tombent comme des confettis tranchants. Sam il enjambe comme on enjambe une baignoire. Il se fait un peu roi dans ce domaine.

Il voit, il entend que c'est très calme. Son visage se pare de plein de couleurs, le poids de ses chaussures a l'air d'avoir soudainement pris dix kilos puisqu'il fait plus du tout attention au tapage qu'il produit en foulant la maison de riche.

Le ventre recommence,
S'il te plait Frangin nourris-moi
J'en peux plus ! Je veux des œufs et du bacon
Beaucoup de bacon


Dans la cuisine, c'est très bien rangé. On dirait vraiment que la mort a emporté toute présence de vie. Sam se sent même un peu intimidé par ce silence, et puis plus du tout. Quand ses doigts glissent sur la porte du frigo pour tirer la poignée, c'est comme ouvrir un trésor avec beaucoup de pièces dorées dedans.

On se sert.
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09.05.18 18:07




Le matin
feat samuel

Nefertari. C'est écrit, sur la boîte aux lettres, d'une jolie écriture dorée. C'est sa maison à Tiya, son foyer, sa sécurité, son domaine. Hier soir, elle a bien tourné la clé dans la serrure pour ne pas qu'un intrus rentre sans qu'elle ne le sache. Elle s'est couchée en même temps que le soleil, dans une robe de chambre rouge bordeaux. C'est sa couleur préférée à Tiya, même si elle aime bien le jaune or, le violet, le orange et le rose. Elle a retiré tous ses bijoux qui sont entassés sur le sol puis plus rien.  [...]

Sommeil profond, elle peut dormir toute la nuit toute la journée, plus rien ne l'en empêche. Pas même les sifflements de quelques oiseaux qui s'égosillent, pas même un son inconnu qu'elle ignore. Le sommeil est d'or. Jusqu'à ce qu'il ne cesse brusquement.

CRAC

Sursaut. Tiya se redresse brusquement, elle attrape sa peluche. Ce n'est pas le son de la foudre ni du vent qui soufflerait trop fort. C'est inconnu. C'est en bas. C'est pas Papa. C'est pas Maman. C'est effrayant. Elle tremble un peu Tiya, elle ne bouge pas du lit. Elle tend l'oreille, elle entend des bruits de pas, quelqu'un marche, quelque chose s'écrase sous ses chaussures. Personne n'était encore venu ici. C'est sa maison. Son abri.

Tiya ravale sa salive, elle pose son pied sur le parquet, très doucement elle se lève pour ne pas faire de bruit. Ses bras serrent sa peluche d'ourson, elle est lente dans ses mouvements, elle quitte sa pièce et se rapproche des escaliers. Elle les descend, regardant furtivement à droite, à gauche, elle ne voit rien avec le mur. Dernière marche, elle est là, elle n'a pas fuit. Elle voit la fenêtre, les débris de verre partout. La maison est abîmée, Papa ne sera pas content.

Clic. Discret, petit son quand le réfrigérateur est ouvert. Elle tourne son visage, elle le voit et se cache à moitié derrière le mur, ne laissant dépasser que son visage à moitié camouflé lui aussi. Elle le détaille, elle l'observe. Un enfant, un garçon. Petit frisson, elle enfonce un peu sa tête dans ses épaules et attend. Elle n'avance pas. Elle ne le connaît pas. Elle le redoute, un peu.

▬ T... T.... As... Cassé la... fen...être..

Sa main qui ne tient pas sa peluche va pointer le trou béant et toutes les fissures autour. Irréparable. Tiya a du mal à s'exprimer. Elle ne sait pas s'il va la casser aussi. C'est la première fois depuis l'Evénement qu'elle parle à un garçon. Elle n'a jamais parlé beaucoup aux enfants. Ils sont intimidants, plus que les adultes. Elle baisse son visage un peu plus, son estomac émet un son, mélange de faim et d'inquiétude.

M... Moi aussi... j'ai faim...
Cependant, Tiya ne bouge pas, elle reste immobile. Comme si elle avait besoin d'une autorisation pour se servir dans ses biens. Mais elle ne veut pas déranger, elle ne veut pas finir comme la fenêtre.
 
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09.05.18 19:17
T'as cassé la fenêtre.

C'est murmuré vraiment bas, il faut du temps à Sam pour réaliser qu'il est pas tout seul à faire la queue devant le réfrigérateur. Il faut du temps, beaucoup de temps. C'est peut-être même gênant pour celle qui a la peluche ourson dans les mains. Mais c'est difficile de se rendre compte, il a tellement faim, ça vole au-dessus de tout.

Après avoir fauché la bouteille de jus d'orange, faut bien qu'il se rende à l'évidence, que le parfum d'un inconnu lui parvienne pour le sortir de son coffre au trésor.

Y a quelqu'un d'autre ici.

- T'es qui ?

C'est balancé dur-sec, y a plus du tout de couleurs sur le visage de Samuel. À la lisière de ses lèvres on trouve un peu de jus orangé. Il essuie d'un coup de revers de manche, il a l'air d'un mauvais garçon comme ça. Sam des fois il réalise pas vraiment comme ça fonctionne, les choses. Pour lui il était là avant, alors ça parait normal qu'il puisse se servir.

Mais il est pas sourd. Quand il entend un borborygme, c'est qu'un autre ventre que le sien a faim. Sam il sait très bien ce que ça fait de vivre comme pour deux en son dedans. Sa poigne gantée tend la bouteille brique, ça fait un petit bruit de liquide qui secoue dans un carton. Et ça dit "Tiens, prends."
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09.05.18 20:52




Le matin
feat samuel

Il s'écoule un instant, un silence. Tiya attend. Tiya tremble en l'entendant, elle recule un peu. Puis, elle se stoppe, elle fait quelques pas maladroits, évitant les éclats de verre pour s'approcher. Oui, elle a peur, oui, il a cassé une fenêtre mais il ne l'attaque pas. Première impression : il est effrayant, violent mais pas méchant.

▬ T... Tiya. Ici, c'est ma.... maison.... et toi ?

Elle s'accroupit en face de lui, elle le fixe un instant, regardant ses yeux avant d'attraper la bouteille. Merci. Elle bascule son visage en avant, sourit très légèrement. Pas besoin de mots, le geste est significatif. Elle se relève, elle pointe le contenu du réfrigérateur. C'est elle qui l'a rempli, c'est elle qui a fait des extras.

▬ J'... ai fait des .... gâ...teaux....

Six petits pots avec des fondants au chocolat. Elle insinue qu'il peut se servir. Elle se dirige vers une étagère, l'ouvre pour prendre un verre et verse le jus d'orange dedans puis elle sirote, de nouveau muette. Muette mais soulagée qu'il ne soit pas sournois. Il parle sans détour. Même s'il ne dit pas grand chose. Un peu comme elle.
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09.05.18 21:39
Samuel répond pas tout de suite. C'est pas pour donner l'effet de suspens comme à la télé : c'est parce qu'il observe. Il comprend, il écoute le prénom qu'on lui délivre et qui se dit par deux syllabes. Tiya. Sam se dit qu'elle parle un peu bizarre, avec ralenti et de toutes petites articulations. On dirait qu'elle va bientôt s'évanouir à chaque pas qu'elle fait, que sa peluche c'est ce qui la maintient humaine et solide. Elle ressemble à un rêve vaporeux, un peu comme un soleil du désert.

Passation de la brique, la fille boit pas à la bouteille comme lui, elle prend un verre et verse la couleur dedans. Et Sam, comme d'habitude, ne comprend pas qu'on perde son temps à utiliser de la vaisselle. Ce sont tellement des manières de grands !

- Moi c'est Sam.

Voilà un bout. Un bout de mon prénom.

Gâteaux. Sam entend Gâteaux, et ça le rend encore content comme au moment où il a posé pied entre ces quatre murs. Il réalise toujours pas l'étendue de son geste, de comment il a cassé une vitre pour entrer dans le cocon de quelqu'un d'autre. Et puis, ça semble pas la gêner, alors pourquoi il devrait se sentir ennuyé ?

Ses mains de voleur de l'aube s'accaparent les verrines avec dedans plein de chocolat. Et la porte au trésor se referme avec un bruit ténu et frais. La petite lumière s'éteint.

C'est sur la table de la cuisine qu'il jette un peu tout le déjeuner. Bon là c'est du chocolat, ça coule facile et avec les doigts on n'attrape pas comme une brique de lait. Samuel tire les panneaux des armoires pour chercher les cuillères. Ça met un peu de temps parce que c'est pas chez lui. Quand il trouve, sa poigne en rafle deux et les dépose tout en un tintement bruyant à côté des pots. C'est prêt.

Son derrière se jette sur la chaise, elle crie un peu sous lui.

- Toi aussi tes parents, plus là ?
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